- Après des années de dénégations, Cédric Jubillar est passé aux aveux et des ossements ont été retrouvés jeudi dans le Tarn.
- En attendant le résultat des analyses, cette découverte offre déjà un « soulagement » aux deux enfants du couple, a indiqué leur avocat.
- Cette étape est bien « essentielle » pour les proches d’une victime, explique à TF1info la psychologue clinicienne Carole Damiani, directrice de Paris Aide aux Victimes.
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Disparition de Delphine Jubillar : les aveux de son mari Cédric, des ossements découverts
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Il y a quelques mois, il apostrophait Cédric Jubillar, en vain : « Rendez-leur Delphine ! »
. Lors du procès du peintre-plaquiste en octobre dernier (nouvelle fenêtre), l’avocat des enfants du couple, Me Laurent Boguet, avait tenté jusqu’au bout d’obtenir des aveux quant à la disparition de leur mère, sans résultat. Ce n’est finalement que cette semaine que l’homme, condamné à 30 ans de prison, a reconnu face à la justice avoir commis « un acte abominable »
(nouvelle fenêtre), selon l’un de ses avocats. Il a aussi guidé les gendarmes à la lisière d’un bois, où des ossements ont été retrouvés jeudi à Mailhoc (nouvelle fenêtre), à une dizaine de kilomètres de la maison familiale.
Si ces restes humains sont en cours d’analyse, cette première découverte représente déjà non pas « une satisfaction
« , mais un « soulagement »
, a déclaré ce vendredi sur LCI l’avocat des enfants, Elyah, 7 ans, et Louis, 11 ans. « À présent, ils vont pouvoir offrir une sépulture (…) digne de ce nom »
à leur mère, a salué Me Laurent Boguet, estimant que si cette annonce « ne restaure rien, ne répare rien »
, elle est « pourtant absolument indispensable »
. La restitution du corps représente bien une étape-clé pour permettre aux proches de faire leur deuil, explique auprès de TF1info la docteure en psychologie clinique Carole Damiani, directrice de l’association Paris Aide aux Victimes (nouvelle fenêtre) et spécialisée dans l’accompagnement de ces dernières lors de procès.
La découverte d’un corps, ou du moins des restes humains, constitue-t-elle une étape incontournable pour le processus de deuil des proches ?
Je ne dirai pas incontournable, mais essentielle. On peut faire un deuil sans que le corps ne soit retrouvé, ou sans procès par exemple, mais c’est plus difficile. Dans ce cas précis, cette découverte était vraiment une attente des proches depuis longtemps : elle ne laisse plus de place au doute (nouvelle fenêtre). Même si on en avait très, très peu, quand il n’y a pas de corps, il subsiste parfois un tout petit espoir au fond de sa tête, une petite voix qui peut dire : et si…
Maintenant, il n’y a plus de place pour cela. Cela clôt les questionnements, et c’est déjà important.
Par ailleurs, cette découverte permet aussi de créer un lieu de recueillement, ce qui est vraiment indispensable pour les proches. Dans toutes les civilisations, quelles qu’elles soient, les premiers hommes ont commencé par respecter et enterrer leurs morts.
L’incertitude et l’absence de réponse sont déjà une deuxième forme de violence pour l’entourage ?
Dans le cas de cette affaire, le déni qui lui était opposé était effectivement violent (nouvelle fenêtre), parce qu’il y avait des indices suffisamment concordants pour qu’il y ait une condamnation. De manière générale, ce déni est insupportable pour les familles.
D’ailleurs, lorsqu’on prépare un procès avec elles, elles veulent savoir en premier qui a commis l’acte. Dans le cas de Cédric Jubillar, même s’il n’avouait pas, cela était quasiment acquis. La question qui vient ensuite est comment
, et on va ici avoir un début de réponse. La troisième question est le pourquoi
, et ça, c’est peut-être là le plus difficile : il est peu probable que l’on aboutisse à des certitudes, mais ce processus va apporter un certain nombre de réponses.
Avoir un lieu où ils peuvent déposer des fleurs, parler à leur mère, c’est important. Ils auront cette liberté dont ils étaient privés jusqu’alors
Avoir un lieu où ils peuvent déposer des fleurs, parler à leur mère, c’est important. Ils auront cette liberté dont ils étaient privés jusqu’alors
Carole Damiani, directrice de l’association Paris Aide aux Victimes
L’avocat des enfants parle de « soulagement » mais pas de « satisfaction » après la découverte des ossements. Pour les proches, les sentiments sont particulièrement contrastés ?
Oui, tout à fait. C’est bien un soulagement : enfin, je sais. On a beau nous avoir menés en bateau, nous raconter des choses qui n’étaient pas vraies, on a désormais la preuve concrète.
Les proches peuvent se dire : Je ne suis pas fou, je ne rêve pas. Ça s’est bien passé.
Et cette reconnaissance des faits est vraiment fondamentale.
Dans le cas des enfants du couple Jubillar, et du fils spécifiquement, cela l’aide aussi à faire la part entre ce qui est vrai et ce qui est faux (nouvelle fenêtre). Il y a également une matérialisation du décès de sa mère, avec des ossements, même si cela est extrêmement douloureux. De toute façon, dans ce type de deuil, il y a toujours à la fois une part de douleur et une part de soulagement, celui de savoir.
D’autre part, un enfant a besoin de quelque chose de matériel. Les adultes peuvent imaginer dans leur tête, mais pour les plus petits, c’est plus difficile de se contenter d’une représentation complètement imaginaire. Avoir un lieu où ils peuvent déposer des fleurs, parler à leur mère, c’est important. Ils auront cette liberté dont ils étaient privés jusqu’alors. La réparation intégrale aurait été de leur rendre leur mère, ce qui n’est pas possible. Mais leur rendre une part d’elle, c’est déjà quelque chose.
N’est-ce pas toutefois une souffrance supplémentaire que de découvrir seulement des ossements, laissant supposer que le corps a été abîmé ?
C’est déjà une preuve, même s’il serait mieux, bien sûr, de pouvoir retrouver le corps en entier, et des fouilles se poursuivent en ce sens (nouvelle fenêtre). Mais même avec une partie du corps, cela matérialise déjà les choses et offre la possibilité d’apporter une sépulture décente, qui honore leur mère.
Tuer, quelle que soit la façon de le faire, est déjà une violence, mais masquer le corps et le jeter dans la terre, sans le respecter, représente une violence supplémentaire. Des familles m’ont déjà dit que leurs proches décédés avaient été enterrés comme des chiens. La civilisation s’est basée sur le respect dû aux morts, sur tous les rituels qui y sont liés, et ce n’est pas pour rien.
Une fois que les ossements ont été retrouvés, comment fait-on pour accompagner au mieux les victimes ?
C’est une étape, il faut voir comment les enfants intègrent ces nouvelles données. Ils ont des ressources, il faut les trouver et il faut savoir s’appuyer sur elles pour les aider à avancer et éviter plusieurs écueils. L’un d’eux serait de faire comme si cette découverte du corps de leur mère n’avait pas d’importance, qu’elle n’existait pas ou peu. L’écueil inverse serait de l’idolâtrer, d’en faire une espèce d’icône à laquelle on ne pourrait plus toucher.
Ce n’est pas simple de trouver le chemin entre les deux, de retrouver l’image de leur mère telle qu’elle a pu être. Il faut accompagner l’enfant dans tous ses mouvements psychologiques, notamment de colère et d’attachement, sans les contraindre mais en essayant avec lui de les comprendre.
Chez les adultes, il existe des étapes similaires. Et quand toutes les générations d’une même famille sont touchées, on ne peut parfois pas aider les autres parce qu’on est soi-même pris dans des affects ou des émotions qui nous appartiennent. Il est alors important d’aller consulter des personnes extérieures, des psychologues. Ils sont complètement neutres et vont pouvoir être des repères dans ces moments de choc, pour que chacun puisse avoir la liberté d’exprimer ce qu’il ressent.

