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VÉRIF’ – Les jeunes générations ne veulent plus travailler : mythe ou réalité ?

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  • Sur les réseaux sociaux, les publications qui assènent que les plus jeunes générations seraient plus paresseuses que leurs aînés sont nombreuses.
  • Les Vérificateurs font le point sur ce qui ressemble surtout à une idée reçue.

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L’info passée au crible des Vérificateurs

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Ce sont des idées reçues que l’on entend fréquemment. Elles reviennent sur les réseaux sociaux, s’invitent lors des repas de famille, à la machine à café, et parfois se retrouvent dans le discours des représentants politiques. Nous les entendons régulièrement, sans jamais vraiment nous interroger sur leur bien-fondé ou leur véracité. Ces affirmations, l’équipe des Vérificateurs a décidé de les confronter aux faits, de prendre de la hauteur pour mieux les nuancer. 

Dans cet article, nous nous intéressons au rapport des jeunes générations au travail, un sujet qui provoque de nombreux débats. En général, les « jeunes » sont qualifiés ainsi lorsqu’ils sont âgés entre 15 ans et 30 ans et renvoient aux nouveaux entrants sur le marché du travail, qu’il s’agisse de stages, de contrats d’été ou de premiers emplois. Le fait est qu’une piètre réputation poursuit la Gen Z, celle née entre 1997 et 2012. Qualifiée de paresseuse, voire de rétive à toute autorité, cette génération est souvent mal considérée par ses aînés. 

Une offre marketing en hausse

Des coachs en tous genres ont bien saisi l’enjeu et jouent sur ces stéréotypes en proposant de nombreux conseils pour appréhender les jeunes salariés, réputés plus difficiles que les autres. « Ultra-connectée, rebelle, exigeante, allergique à la hiérarchie et à l’autorité, insolente, narcissique, fainéante… La génération Z, acculée de stéréotypes, fascine autant qu’elle effraie. Arrivée sur le marché du travail, cette jeunesse marque un tournant dans les modes de management imposant aux DRH une profonde refonte de leurs pratiques », assure un site spécialisé (nouvelle fenêtre), lorsqu’un autre (nouvelle fenêtre) promet de livrer les atouts principaux pour « manager efficacement la génération Z » : « Feedback, flexibilité, quête de sens : les clés pour engager les jeunes talents nés après 1995. » 

Les conseils pour « coacher la génération Z », qui serait paresseuse ou rétive à toute autorité, affluent sur Internet. – capture écran

Pourtant, les récentes enquêtes d’opinion réalisées sur le rapport des plus jeunes au travail battent en brèche ces idées reçues. En 2024, le groupe de réflexion Terra Nova, qui se présente comme « progressiste indépendant« , et l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) ont mené une vaste étude (nouvelle fenêtre) auprès de 5.000 actifs, dont 3.000 jeunes âgés de moins de 30 ans. Ils en concluent que ces derniers « accordent autant d’importance au travail que leurs aînés : 47% le jugent plus ou aussi important que les autres pans de la vie vs 47% des 30 à 44 ans et 36% des 45 ans et plus ». 

Rémunération et épanouissement

En réalité, les travaux et les chiffres ne manquent pas en la matière et révèlent un attachement aux mêmes valeurs, toutes générations confondues. Il résulte du baromètre de 2023 (nouvelle fenêtre) de la Direction de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative (DJEPVA) que plus de la moitié des 15-30 ans (57%) considèrent le travail comme « un moyen de gagner sa vie » mais qu’« un tiers d’entre eux (31%) conçoivent d’abord le travail comme une source d’épanouissement et de fierté ». C’est également le cas des plus de 30 ans, quasiment dans les mêmes proportions (62% pour gagner sa vie, 29% comme une source d’épanouissement et de fierté). « Comme tout le monde, 68% des jeunes disent être attentifs au niveau de rémunération quand ils prennent un travail », appuie Thierry Berthet, directeur de recherche du CNRS et spécialiste du rapport des jeunes au travail. « Ils priorisent ensuite l’équilibre entre vie personnelle et professionnelle. Et ça, ça ne se démarque pas énormément des générations plus âgées. » 

L’épanouissement comme un véritable bénéfice tiré de son travail ressort également d’une enquête (nouvelle fenêtre) de l’institut Montaigne, menée auprès des 16-30 ans en 2025. « La satisfaction dans la vie est étroitement liée à la satisfaction au travail. Si cette corrélation semble évidente, elle vient pourtant contredire un discours répandu selon lequel les jeunes se détacheraient du travail, ne lui accordant qu’un rôle minimal dans leur épanouissement (c’est le ‘quiet quitting’ ou la démission silencieuse) », relève ainsi le laboratoire d’idées. 

Les principaux critères pris en compte dans le choix d'un emploi selon l'âge.
Les principaux critères pris en compte dans le choix d’un emploi selon l’âge. – INJEP-CREDOC, Baromètre DJEPVA sur la jeunesse 2023.

Ces aspirations se heurtent toutefois à la réalité du marché du travail… et à la difficulté de trouver un emploi. « Les jeunes sont les premières victimes des transformations du marché de l’emploi. En 2024, le taux de chômage des 18-24 ans s’élevait à 17,6%, contre 7,4% pour l’ensemble de la population active, selon l’Insee », confirme la philosophe et sociologue Dominique Méda. S

Selon les données du service de statistiques, en 2025 (nouvelle fenêtre), le taux de chômage des jeunes restait « nettement supérieur à celui du reste de la population » pour atteindre 19,8% chez les 15-24 ans, contre 6,9% chez les 25-49 ans et 5% chez les 50 ans ou plus.

Le rapport au travail des jeunes ne se singularise pas beaucoup par rapport au travail des générations précédentes.

Le sociologue Thierry Berthet

Les opportunités professionnelles sont donc plus rares et, lorsqu’elles se présentent, ne permettent pas toujours de garantir une situation stable, comme le note le Conseil économique, social et environnemental (Cese), dans un avis de 2019 (nouvelle fenêtre). « Les conditions d’insertion sur le marché du travail se sont dégradées depuis les années 1980 et plus fortement encore après 2008, les nouveaux entrants passant plus de temps entre chômage et contrats courts avant de pouvoir se stabiliser dans l’emploi. Cette évolution affecte très fortement les moins diplômés mais sans épargner les jeunes qualifiés. »

Un paradoxe que met en avant Thierry Berthet. Le sociologue relève que les jeunes « sont parfaitement conscients qu’ils vont devoir probablement cumuler plusieurs emplois, passer par une phase de précarité qui ne cesse de s’allonger. Et pour autant, ils sont optimistes. C’est-à-dire qu’ils sont 85% à penser qu’ils vont avoir une vie professionnelle au moins égale à celle de leurs parents et 44% à penser qu’elle va être meilleure. » 

Alors pourquoi l’affirmation selon laquelle les nouvelles générations sont fainéantes est-elle ancrée dans le débat public ? Une preuve, selon Thierry Berthet, de l’échec des sciences sociales. « Cela fait plus de cinquante ans que, enquête après enquête, on démontre que le rapport au travail des jeunes ne se singularise pas beaucoup par rapport au travail des générations précédentes. Et pourtant, ces idées occupent toujours l’espace et sont toujours réactivées en période de crise. » 

Dans l’ouvrage Le travail et la société française (CNRS Éditions), coécrit avec Delphine Mercier, le sociologue relève en effet (nouvelle fenêtre) que la question « émerge à échéances régulières sur les agendas politiques et médiatiques ». Cette fausse idée a fait son chemin à plusieurs reprises : au milieu des années 70, des années 90, après la crise financière en 2008 ou dans le cas présent, après la pandémie en 2020. 

Les générations précédentes ont donc fait face aux mêmes accusations à leur âge. Dans le Petit guide de survie aux discussions des repas de famille (Éditions Au Bord de l’Eau), Dominique Méda rappelle (nouvelle fenêtre) qu’« à l’occasion d’une enquête réalisée en 1972 par le Centre d’études de l’emploi et du travail sur le rapport des jeunes au travail, la plupart des employeurs se plaignaient déjà de cette main-d’œuvre, indiquant qu’ils ne trouvaient plus chez elle ‘les qualités d’amour du travail, d’ambition et de sérieux qui caractérisaient les générations précédentes’« . 

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N’hésitez pas à nous écrire à l’adresse [email protected]. Retrouvez-nous également sur X : notre équipe y est présente derrière le compte @verif_TF1LCI (nouvelle fenêtre).


Caroline QUEVRAIN

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