Les conséquences dévastatrices de la guerre menée par Israël à Gaza ont poussé les femmes et les filles « au bord du précipice », s’est alarmée, mardi 10 mars, Amnesty International, dénonçant un effondrement sans précédent du système de santé palestinien, dans un rapport publié après vingt-neuf mois de conflit.
L’organisation de défense des droits humains y souligne que les Palestiniennes subissent des préjudices « aggravés et potentiellement mortels », des souffrances exacerbées par les déplacements de masse, le manque de nourriture et les restrictions israéliennes de l’aide humanitaire. La secrétaire générale de l’ONG, Agnès Callamard, a fustigé une « érosion systématique » de leurs droits, dénonçant un « acte de guerre délibéré visant les femmes et les filles », s’inscrivant, selon l’organisation, dans la continuité du « génocide » perpétré dans l’enclave palestinienne.
Ce constat alarmant s’appuie sur des entretiens menés en février avec 41 femmes déplacées, dont plusieurs enceintes ou atteintes de cancers, et 26 professionnels de la santé. Sur le terrain, ces derniers décrivent une hausse « exponentielle » des pathologies maternelles et néonatales, face à des infrastructures médicales exsangues : près de 60 % des points de santé sont hors d’usage, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Dans la bande de Gaza, les unités néonatales fonctionnent jusqu’à 170 % de leurs capacités, poussant les soignants à placer parfois trois nouveau-nés par couveuse. Parallèlement, 46 % des médicaments essentiels demeurent en rupture de stock. Cette pénurie oblige à la réutilisation de matériel à usage unique ou l’emploi d’anesthésiants périmés. De plus, 37 000 femmes enceintes et allaitantes souffriront de malnutrition aiguë d’ici à la mi-octobre 2026, d’après les Nations unies.
« Catastrophes en cascade »
De jeunes mères ont ainsi raconté avoir vécu leur grossesse et leur convalescence dans des tentes surpeuplées, exposées au froid et à la pollution. Hind, 22 ans, a expliqué n’avoir pesé que 43 kg à l’accouchement, donnant naissance à un bébé prématuré souffrant d’une double infection pulmonaire.
Les patientes atteintes de maladies chroniques sont également frappées de plein fouet. Plus de 18 500 malades nécessitent aujourd’hui une évacuation médicale urgente. « Aucun hôpital de Gaza n’offre actuellement de radiothérapie », a témoigné une infirmière. Or, le processus d’évacuation est « complètement arrêté » depuis la fermeture des points de passage, notamment Rafah, consécutive à l’offensive conjointe des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran fin février.
Bien qu’un accord de « cessez-le-feu » ait été conclu en octobre 2025, les opérations militaires se poursuivent. Le ministère de la santé de Gaza a recensé 630 morts supplémentaires, dont 202 enfants et 89 femmes, entre cet accord et fin février 2026. Ce bilan « s’ajoute aux plus de 72 000 personnes tuées depuis le 7 octobre 2023 ».
Enfin, l’acheminement des soins est assombri par les menaces de suspension pesant sur trente-sept organisations d’aide humanitaire, dont Médecins sans frontières dont l’agrément n’a pas été renouvelé. Face à ces « catastrophes en cascade », Amnesty appelle les Etats à exercer une pression diplomatique et économique sur Israël pour lever « entièrement » le blocus et garantir l’accès vital aux soins.









