Pour sa première grande tournée internationale, le pape Léon XIV se rendra en avril en Algérie, au Cameroun, en Angola, puis, du 21 au 23, en Guinée équatoriale, petit pays de 2 millions d’habitants, majoritairement chrétiens. Mais les solutions choisies par les autorités équato-guinéennes pour préparer et financer cette visite exceptionnelle suscitent un tollé dans la population.
Nettoyage des rues, travaux dans l’espace public et vente d’objets à l’effigie du pape : les préparatifs vont bon train à Malabo, la principale ville du pays, a constaté mercredi un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP). En février, les autorités ont imposé aux fonctionnaires et aux militaires une retenue sur leur salaire, selon plusieurs témoignages recueillis par l’AFP. Les critiques contre le gouvernement sont toutefois rarement exprimées publiquement dans ce pays d’Afrique centrale, dirigé depuis 1979 par un président autoritaire, Teodoro Obiang Nguema.
« On m’a pris 55 000 francs CFA [84 euros] sur mon salaire de 250 000 [381 euros] », témoigne une fonctionnaire du ministère de l’information sous le couvert de l’anonymat, expliquant que cela avait été justifié par le financement de la visite du pape. « Je ne connais pas le pape et je ne suis pas catholique, sa visite ne me concerne pas (…) mais on m’a pris 50 000 francs CFA [84 euros] en février », a confié à l’AFP, toujours anonymement, un officier de l’armée. Des sommes allant de 20 000 à 5 000 francs CFA (de 30 à 75 euros), au moins, selon les salaires, ont ainsi été retenues, selon plusieurs témoignages.
Tenue obligatoire
Par ailleurs, une circulaire diffusée lundi à l’université nationale de Guinée équatoriale (UNGE) à Malabo précise la tenue que les étudiants devront obligatoirement porter lors de la visite du pape ainsi que son coût, 10 000 francs CFA, soit environ 15 euros. Une décision jugée « lamentable » par Anatolie Edjang, un étudiant de 24 ans à l’UNGE, qui estime que le poids de la décision du gouvernement d’inviter le pape ne devrait pas reposer sur la communauté étudiante.
« Il est anormal d’obliger les étudiants à acheter ces choses-là », abonde Kalaima Nchama, 18 ans, étudiante de première année. Une majorité de la population reste pauvre en Guinée équatoriale, en dépit d’un revenu par habitant parmi les plus élevés d’Afrique, dû notamment aux revenus tirés du pétrole. Quelque 8,3 % de la population était au chômage en 2025, selon la Banque mondiale.
A Malabo, le 21 avril, le pape rencontrera des représentants du monde de la culture, des travailleurs d’un hôpital psychiatrique et, en privé, il recevra les évêques équato-guinéens. Le lendemain, il se rendra à Mongomo, dans l’est du pays, pour visiter un centre de formation portant le nom du pape François, son prédécesseur.
Ensuite, il ira à Bata, sur la côte atlantique, pour se rendre auprès des détenus de la prison de la ville, puis pour se recueillir devant un monument à la mémoire des 108 personnes mortes dans l’explosion d’une caserne, le 7 mars 2021.





