- Face aux émotions, certains choisissent le silence, un réflexe influencé par l’éducation et l’attachement évitant.
- Ce mutisme peut déstabiliser les proches, générant incompréhension et anxiété.
- Le psychologue Pascal Anger recommande thérapie et communication pour surmonter ces blocages.
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Face à une émotion forte, une discussion houleuse ou profonde, tout le monde ne réagit pas de la même façon. Certains optent pour le silence et le retrait émotionnel. Et ce silence peut être dévastateur dans un couple, mais également dans le cadre familial ou amical.
Selon le psychologue Pascal Anger, ce réflexe tient d’abord à l’éducation reçue et à l’environnement dans lequel chacun s’est construit. « On n’a pas tous la même façon d’appréhender les choses, on n’a pas reçu forcément la même éducation. Par conséquent, on ne va pas s’autoriser à vivre les émotions de la même façon
« , explique-t-il à TF1info. Les femmes, observe-t-il, sont globalement plus à l’aise pour mettre des mots sur ce qu’elles ressentent : elles « vont dans l’expression
« , se libèrent plus facilement, quand les hommes ont davantage tendance à se retenir. « Les hommes et les femmes ne sont pas du tout régulés de la même façon. Je pense que les femmes sont plus courageuses, entre guillemets, par rapport à la vie et à leurs émotions, que les hommes, en ce sens qu’elles vont dans l’opposition, elles sont moins dans la rétention »
, précise le psychologue. Toutefois, prévient-il, ce refoulement a un coût : « Chez les femmes, le stress peut durer plus longtemps, mais elles peuvent être dans un épuisement émotionnel plus grand que les hommes »
. Un épuisement que les hommes, en se réfugiant dans le silence, s’épargnent, mais en apparence seulement.
L’intelligence émotionnelle et l’attachement évitant
Ce silence masculin n’est pourtant pas toujours de l’indifférence, et ce réflexe peut être vécu, à tort ou à raison, comme une façon de protéger l’autre, de ne pas blesser. Toutefois, pour la personne qui reçoit ce mur, la réaction est souvent la même : elle se retrouve démunie, incomprise, elle ressent de l’anxiété. Elle peut se sentir « submergée
» et « insécurisée affectivement
« . Et surtout, elle n’a pas les clés pour comprendre ce qui se joue derrière ce mutisme.
Au-delà des différences éducatives, Pascal Anger pointe un autre facteur central qui touche les hommes et les femmes : l’intelligence émotionnelle, c’est-à-dire la capacité à identifier, reconnaître et nommer ce que l’on ressent. Elle ne s’apprend pas de la même façon selon les parcours, et certains événements de la vie viennent renforcer ou, au contraire, fragiliser cette capacité à réagir « de manière plus saine en fonction des déclencheurs émotionnels
« .
Et souvent, derrière ce silence qui s’installe dans une relation se cachent des blessures plus anciennes ou un attachement évitant qui pousse certaines personnes à garder leurs distances plutôt que de montrer une colère, une tristesse ou des émotions qu’elles perçoivent comme des signes de faiblesse ou de vulnérabilité. Et ces blessures sont parfois profondes : des parents maltraitants, un manque d’amour ou de proximité, le sentiment d’avoir été rejeté ou « annulé »
par ses proches, une rupture traumatisante qui n’a pas été digérée.
Comment sortir du silence, sans se perdre soi-même
Pascal Anger met en garde contre un paradoxe : plus le partenaire silencieux se sent rassuré et entouré, plus il peut, paradoxalement, se refermer davantage, prisonnier d’un mécanisme appris de longue date. « Ce qu’il a appris dans son passé reste le seul mécanisme et la seule façon d’être, il le répète sans cesse, comme un disque rayé
« , souligne le psychologue. Néanmoins, il est possible de sortir de ce mode de fonctionnement, à condition d’effectuer un travail sur soi-même, de repérer les schémas de pensée négatifs et d’apprendre à mieux gérer ses réactions face aux déclencheurs émotionnels. Il souligne que certains facteurs aident à les apaiser : la relaxation, la méditation, le sport, la communication non violente et, bien sûr, la thérapie. L’objectif : « Apprendre à réagir de manière plus saine par rapport aux événements
» et « moins éprouver de difficultés pour dire et se libérer de tout ce qui nous pèse depuis longtemps
« .
Pour la personne qui se replie sur elle-même, une première étape consiste à oser dire, même maladroitement, ce qui est trop difficile à porter seule. Le psychologue suggère de poser un cadre avant de parler, une « sorte de préambule rassurant »
: prévenir l’autre qu’on a besoin de s’exprimer, sans que cela ne tourne à l’affrontement, et se laisser le temps nécessaire. Du côté du partenaire qui reçoit ce silence, l’enjeu est d’accueillir la douleur de l’autre sans la minimiser.
Et si, malgré tout, le silence et la distance deviennent pesants, difficiles à vivre pour la personne qui les reçoit, Pascal Anger est clair : la rupture est inévitable, surtout dès le moment « où il n’y a plus de communication possible entre l’un et l’autre, où on a l’impression qu’on ne peut pas dire qui on est et ce qu’on souhaite »
. Quand le dialogue semble impossible, le spécialiste insiste : il faut partir, car il rappelle que l’on « n’est pas obligé de s’infliger des relations qui sont douloureuses et qui sont problématiques »
. Et de conclure : « Ce qui est important, c’est d’être dans une sécurité qui s’accroît, plutôt que d’être dans une démolition de soi »
.









