- Les 193 États membres des Nations unies auditionnent cette semaine les quatre prétendants au poste de secrétaire général.
- Plusieurs États plaident pour l’élection d’une femme ou d’un Latino-Américain à ce poste stratégique.
- Ce vote s’inscrit dans un contexte de crise de l’organisation, sur le plan géopolitique et financier.
Un scrutin particulièrement important. Après neuf ans de mandat, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, s’apprête à passer la main. Les 193 États membres et représentants de la société civile reçoivent les quatre aspirants au poste pour un « grand oral
» de trois heures chacun mardi et mercredi :
- La Chilienne Michelle Bachelet
- L’Argentin Rafael Grossi
- La Costaricaine Rebeca Grynspan
- Le Sénégalais Macky Sall
Organisé pour la deuxième fois, cet exercice créé pour plus de transparence fait débat. De nombreux États plaident pour qu’une femme prenne pour la première fois la tête de l’ONU, tandis que l’Amérique latine revendique le poste en vertu d’une tradition de rotation géographique, qui n’est pas toujours respectée. Mais ce seront les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni, France) qui ont véritablement l’avenir des candidats entre leurs mains, grâce à leur droit de veto. L’heureux élu prendra ses fonctions le 1ᵉʳ janvier 2027. Ce scrutin a lieu alors que l’institution est de plus en plus malmenée et impuissante face aux conflits internationaux et connaît une crise financière importante.
Michelle Bachelet
La socialiste de 74 ans, torturée pour son opposition au régime d’Augusto Pinochet, a été la première femme présidente du Chili (2006-2010 puis 2014-2018) avant de prendre la tête du Haut-Commissariat de l’ONU pour les droits de l’Homme (2016-2022). Un poste sensible qui lui a attiré le ressentiment de la Chine à la suite de sa publication d’un rapport accablant sur le sort de la minorité des Ouïghours. Sa candidature est appuyée par le Mexique et le Brésil, alors que le Chili lui a retiré son soutien après la prise de fonction du nouveau président d’extrême droite José Antonio Kast.
Rafael Grossi
L’Argentin de 65 ans, diplomate de carrière, est à la tête de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) depuis 2019. Il a dû gérer les dossiers brûlants du programme nucléaire iranien et des dangers liés à la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia, occupée par les forces russes. Dans sa lettre de candidature, l’ancien ambassadeur d’Argentine en Autriche plaide pour un « retour
(de l’ONU) à ses bases fondatrices : sauver l’humanité du fléau de la guerre
« . Un discours porté par l’administration Trump, alors que d’autres États soulignent l’importance de la cohabitation des trois piliers onusiens (paix, droits humains et développement).
Rebeca Grynspan
L’ancienne vice-présidente du Costa Rica dirige l’agence de l’ONU pour le Commerce et le Développement (Cnuced). À ce titre, elle a négocié en 2022, avec Moscou et Kiev, « l’initiative de la mer Noire
» pour faciliter l’exportation des céréales ukrainiennes après l’invasion russe. Marquée par son histoire personnelle, ses parents juifs ayant « à peine survécu
» à l’Holocauste avant d’immigrer au Costa Rica, elle met en avant son attachement à la Charte des Nations unies, fondée à l’issue de la Seconde Guerre mondiale.
Macky Sall
Seul candidat n’étant pas issu d’Amérique latine, l’ancien président sénégalais (2012-2024) insiste dans sa « vision
» sur le lien intrinsèque entre paix et développement, la première ne pouvant être « pérenne
» quand le second pilier est miné « par la pauvreté, les inégalités, l’exclusion et la vulnérabilité climatique
« .
Sa candidature, portée par le Burundi, n’est soutenue ni par le bloc régional ni par son propre pays. Les autorités sénégalaises l’accusent notamment d’avoir réprimé dans le sang les violentes manifestations politiques ayant coûté la vie à des dizaines de personnes entre 2021 et 2024.









