- Qui se cache derrière ces cambriolages chez les concessionnaires de véhicules haut de gamme ?
- Une équipe de TF1 a enquêté, en Occitanie, où les garages sont de plus en plus fréquemment visités.
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Le 13H
Une voiture volée toutes les quatre minutes. Des vols qui surviennent de plus en plus directement chez les concessionnaires haut de gamme. À Le Garric, dans le Tarn, un véhicule volé a fini sa course dans un fossé, abandonné par des malfaiteurs, il y a trois semaines.
Comme le montre la vidéosurveillance, les cambrioleurs, agissant en pleine nuit, n’ont pas réussi à ouvrir la barrière. « Ne trouvant pas les clés du portail, ils ont décidé de passer dans le gazon. Ils ont trouvé la clôture, pensant qu’ils pourraient partir sur la route directement. Mais il y a un fossé, donc ils ont terminé dedans »
, relate, dépité, Adrien Barthélémy, patron de l’enseigne AB Motors, dans le reportage du JT de 13H de TF1 en tête de cet article.
« On fait un métier où malheureusement on sait que tôt ou tard ça peut nous arriver, les risques qui sont présents. C’est toujours navrant d’arriver au travail et de découvrir ça »
, poursuit le propriétaire de la concession, désemparé par la situation, malgré l’arrestation des voleurs qui avaient préalablement pris la fuite. « Je sais qu’on est quasiment une petite dizaine de garages à être concernés en Occitanie avec des faits totalement similaires. Donc des process identiques et sur des véhicules vraiment similaires »
, note-t-il.
Une petite dizaine de garages concernés avec des faits totalement similaires
Une petite dizaine de garages concernés avec des faits totalement similaires
Adrien Barthélémy, patron de l’enseigne AB Motors
En deux jours, quatre concessions ont été visitées. Même scénario, 80 kilomètres plus loin à Toulouse. La cible est toujours la même, des voitures de luxe qui valent plusieurs dizaines, voire une centaine de milliers d’euros. « Ils ont cassé la vitre qui était sécurit, dix millimètres, avec un gros extincteur »
, détaille Thierry Rouzaud, cogérant de la concession Rouzaud Autos. « Ils y ont passé, je pense, un petit bout de temps. Ensuite, ils se sont dirigés vers le coffre. »
Trois jeux de clés ont été dérobés. Les traces des pneus sont encore visibles, une voiture de sport ayant même été utilisée comme voiture-bélier pour forcer le portail. Les véhicules endommagés ont été retrouvés, dont un encastré dans un arbre, à quelques kilomètres de là. Préjudice estimé : 300.000 euros. « Ils ont perdu le contrôle, je suppose. Il n’y a pas de but de gagner de l’argent. Ça, c’est juste un kiff qu’ils doivent appeler, je pense »
, déplore le concessionnaire.
Des voleurs recrutés sur les réseaux
Dans d’autres cas, des réseaux structurés se cachent derrière ces voleurs. Sur les réseaux sociaux, il est facile de recruter des petites mains pour effectuer les sales besognes. On leur propose d’être nourris, logés et payés, entre 3.000 et 9.000 euros. Il y a même des annonces, des véhicules à dérober.
« Aujourd’hui, clairement, ces groupes sont structurés à l’échelle mondiale. Ils prennent commande d’un acheteur. Ensuite, ils vont chercher et recruter des voleurs. Et à partir de là, on a ceux qui blanchissent l’argent, ceux qui trouvent les informations et les cibles, ceux qui vont casser le carreau et la voiture »
, nous explique Damien Bancal, expert en cybersécurité internationalement reconnu. « On est clairement aujourd’hui dans une ambiance un peu mafieuse. »
Les véhicules sont exportés ensuite dans les pays de l’Est ou au Moyen-Orient, par exemple. Pour lutter contre ce phénomène inquiétant, les garages renforcent leur dispositif de sûreté. « Par mesure de sécurité supplémentaire, on positionne ce fourgon tous les soirs devant le portail »
, indique Rodolphe Bonnefis, directeur administratif de l’Atelier Bonnefis, à Baraqueville. Grâce à ce fourgon positionné, une tentative de cambriolage a été avortée.
« 5.000 euros par mois » pour la sécurité
Barbelés, caméras, coffres-forts, chaînes métalliques à l’entrée… les garages sont devenus des forteresses, comme les banques ou les bijouteries. « Ce n’est pas infaillible, mais ça leur fera perdre du temps et ça nous fera gagner du temps pour intervenir, si besoin »
, souffle Paul-Hugo Bonnefis, directeur commercial de l’enseigne. Les assurances leur imposent aussi de multiples mesures pour sécuriser les concessions. Mais tout ceci a un prix. « 5.000 euros par mois, facile. Entre tout, si on compte l’assurance aussi dedans. Parce que l’assurance, ça nous coûte une fortune. »
Pour protéger ses commerçants, Jacques Barbezange a lui décidé d’implanter des caméras dans les zones d’activité. « Là, on va pouvoir protéger ce maçon, protéger le bricolage, protéger, bien sûr, le vendeur de voitures »
, nous confie le maire de Baraqueville. Au total, dans cette commune aveyronnaise, il y en aura bientôt plus de soixante. « C’est compliqué de surveiller par les gendarmes. Notre rôle, c’est de rassurer les gens et d’amener par ces caméras une surveillance nuit et jour qui permet aussi de dissuader. »
Les malfaiteurs s’attaquent aux garages car, souvent, les systèmes de sécurité comme les GPS et l’identification à distance ne sont pas encore activés. Ces véhicules sont donc plus vulnérables. À l’étranger, ces voitures de luxe sont revendues en l’état ou en pièces détachées.









